L’affranchi interdit de séjour à Colombey !

Christophe Poirson

L’Elysée a trié les journalistes autorisés à couvrir la venue d’Emmanuel Macron à Colombey. Et L’affranchi n’a pas eu d’accréditation.

Pour la première fois de son existence, c’est-à-dire depuis 26 ans, L’affranchi n’a pas eu le droit de couvrir la venue du président de la République le 9 novembre à Colombey-les-Deux-Eglises. Cela ne s’était jamais produit sous Chirac, Sarkozy et Hollande.
Sous prétexte qu’il ne fallait pas qu’il y ait beaucoup de monde en raison de la crise sanitaire, l’Elysée a décidé que les différentes séquences (arrivée à la mairie, dépôt de gerbe sur la tombe du Général de Gaulle, cérémonie militaire à la Croix de Lorraine) seraient «entièrement poolées en images, son et rédaction». Autrement dit : il fallait obtenir une accréditation faisant office de laissez-passez. Et contrairement au JHM, à la Voix de la Haute-Marne, à Puissance TV (la télé locale du nord de la Haute-Marne subventionnée par le Département, l’Agglo et la mairie de Saint-Dizier) et France 3, L’affranchi n’a pas obtenu cette accréditation. Et l’Elysée n’a même pas daigné nous en informer par un mail, un sms ou un appel téléphonique !
Heureusement que Joseph Zimet, l’actuel préfet de la Haute-Marne, est l’ancien communicant d’Emmanuel Macron…
En revanche, la presse parisienne, à l’instar de BFM TV, était aux premières loges. Et si, officiellement, il ne devait pas y avoir plus de 30 personnes présentes, ce sont quand même 150 plateaux repas qui ont été servis au staff présidentiel et aux journalistes à la mairie, à la salle des fêtes et au Mémorial…
Lors de leur demande d’accréditation, les journalistes devaient choisir l’une des deux «zones de duplex» situées à proximité du cimetière et sur le parvis du Mémorial. Et ils n’avaient pas le droit d’en bouger, ne pouvant donc assister à la totalité de la visite. On apprendra qu’une journaliste haut-marnaise n’a pas pu sortir son appareil photo parce qu’elle avait été enregistrée en tant que «rédactrice» et non comme «photographe». Et que le cameraman de Puissance TV n’a pas eu le droit de filmer la cérémonie à la Croix de Lorraine.
Ça valait le coup d’être accrédité…
D’ailleurs, pour essayer de nous faire avaler la pilule, on nous a fait savoir que nous pourrions récupérer les photos faites par le JHM dans le cadre du «pool» (ben voyons !) et que nous verrions plus de choses en regardant la cérémonie retransmise en direct sur le site internet de l’Elysée qu’en étant parqué à un endroit sans avoir le droit de faire des photos.
Vu comme ça…
Drôle de conception tout de même de l’information et de la liberté de la presse ! Le boulot du journaliste, c’est non seulement de pouvoir prendre les photos qu’il veut (et pas uniquement celles qui servent à la communication d’Emmanuel Macron) mais aussi de pouvoir rendre compte de l’ambiance et de choses qui ne se voient pas forcément à l’image. Surtout quand celle-ci est strictement encadrée…
Les journalistes ne sont pas des communicants. Ou ne devraient pas l’être…

Christophe Poirson